Brian derrière les barreaux d’un asile, accusé de meurtre, et Gina qui mène l’enquête de son côté : Runaway: A Twist of Fate démarre sur les chapeaux de roue et ne ralentit plus jusqu’au dénouement. Troisième et dernier volet de la saga Runaway, cet épisode sorti fin 2009 est pour beaucoup de fans — et pour moi — le meilleur des trois. Pendulo a écouté les critiques, corrigé les défauts historiques de la série et bouclé toutes les intrigues laissées en suspens. Voici la fiche complète, et si l’énigme du cimetière te résiste déjà, notre soluce complète de Runaway 3 te sortira de là.
Fiche technique
- Titre : Runaway: A Twist of Fate
- Genre : aventure graphique / point & click
- Développeur : Pendulo Studios (Madrid)
- Éditeur : Focus Home Interactive
- Sorties : fin 2009 sur PC (Windows), puis Nintendo DS en 2010
- Structure : six chapitres alternant entre Gina et les souvenirs de Brian
- Note perso : 8,5/10 — le sommet de la trilogie, tout simplement
L’histoire : deux enquêtes, un seul mystère
Le jeu s’ouvre là où personne ne s’attendait à retrouver Brian Basco : sur le banc des accusés, jugé pour le meurtre du colonel Kordsmeier, l’officier qui dirigeait la base militaire de l’île Mala dans Runaway 2: The Dream of the Turtle. Amnésique sur les événements qui ont suivi le deuxième épisode, Brian est interné dans un hôpital psychiatrique… où il est retrouvé mort dans des circonstances mystérieuses. Sauf que non, évidemment : ce décès n’est qu’une couverture pour lui permettre de s’évader et de découvrir qui l’a piégé.
Pendant ce temps, Gina Timmins — enfin promue personnage jouable à part entière — mène sa propre enquête sur un meurtre différent, mais lié. Le jeu alterne entre ses investigations et les flashbacks de Brian s’échappant du sanatorium, et une bonne partie du plaisir consiste à assembler soi-même les deux moitiés du puzzle. Cette structure à deux voix donne un vrai moteur narratif : chaque chapitre apporte une pièce du mystère, et on ne lâche plus la souris avant la fin.
Le gameplay : Pendulo a (enfin) corrigé le tir
C’est la grande force de cet épisode : les défauts qui plombaient les deux premiers Runaway ont été presque tous traités. Fini le pixel hunting pénible : un indicateur de points chauds révèle d’un bouton toutes les zones interactives de l’écran. Fini aussi le blocage sec sans indice : un système d’aide en ligne intégré au jeu te débloque à chaque étape si tu le souhaites. Et cerise sur le gâteau, c’est Joshua — le complotiste horripilant des deux premiers opus — qui officie comme conseiller technique depuis un sous-sol de Pendulo Studios, dans l’un des meilleurs gags méta de toute la série.
Les énigmes elles-mêmes sont plus justes et, surtout, plus drôles. Pendulo a enfin compris la leçon des grands LucasArts : une solution absurde est pardonnée si elle est amusante. L’exemple canonique dès le premier chapitre : Gina doit traduire un manuel d’instructions en suédois, et la seule méthode « logique » consiste à faire appel à une médium pour canaliser l’esprit d’un Suédois enterré dans le cimetière… avec une chute que je ne te gâcherai pas. Les personnages guident d’ailleurs davantage la réflexion, ce qui fluidifie énormément la progression.
Le rythme, lui, est impeccable : six chapitres plus courts et mieux découpés qu’avant, des environnements qui changent régulièrement, et une tension narrative qui monte crescendo. Comptez une dizaine d’heures pour en voir le bout — moins si tu triches avec notre solution pas à pas de A Twist of Fate, mais ce serait dommage de se priver.
Direction artistique et ambiance
Techniquement, le jeu reste sur les bases posées par le deuxième épisode : décors 2D dessinés main, personnages 3D cel-shadés. L’ensemble vieillit très bien, même si les décors d’asile et de ruelles sombres sont moins dépaysants que les tropiques de l’épisode précédent. Le nouveau design de Brian, plus dur et plus mature, colle parfaitement au ton thriller de l’aventure.
Le casting vocal a été entièrement renouvelé — un pari qui a divisé les fans de la première heure, mais les nouvelles voix de Brian et Gina sont indiscutablement meilleures. Et bonne nouvelle pour les mélomanes : Vera Dominguez signe à nouveau la chanson du générique, toujours aussi entêtante.
Les points forts
- Gina enfin jouable et bien écrite, loin du simple rôle de demoiselle en détresse ;
- une structure narrative à deux voix qui donne envie d’avancer ;
- des énigmes mieux équilibrées et vraiment drôles ;
- l’indicateur de points chauds et l’aide intégrée, qui rendent le jeu accessible aux débutants ;
- Gabbo, le compagnon d’asile de Brian sosie assumé de Steve Buscemi, et ses parodies de films d’action ;
- toutes les intrigues de la trilogie résolues, avec un vrai dénouement.
Les points faibles
- Quelques blagues qui tombent encore à plat (le « Banana ! » récurrent de Gabbo, on valide une fois sur deux) ;
- des environnements moins spectaculaires que ceux de l’épisode 2 ;
- une durée de vie un peu courte pour les joueurs les plus rapides ;
- le changement complet du casting vocal, qui peut dérouter si tu enchaînes directement après le 2.
Verdict : le meilleur point d’entrée de la saga
Runaway: A Twist of Fate n’est peut-être pas un classique absolu du point & click, mais c’est le sommet de la trilogie et, paradoxalement pour un troisième épisode, la meilleure porte d’entrée pour un nouveau joueur : les énigmes sont accueillantes, les aides intégrées évitent toute frustration, et l’histoire sait se suffire à elle-même… tout en récompensant ceux qui ont suivi Brian et Gina depuis leurs débuts. Si tu veux tout l’arc narratif, commence par The Dream of the Turtle — cet épisode en est la conclusion directe et mérite qu’on arrive devant lui avec toutes les cartes en main.
Dernier conseil : au cimetière, parle à tout le monde. Même aux morts. Surtout aux morts.